Projet CEMiC

Titre : « Gérer les interactions entre les migrations et les conflits dus au changement climatique et à l’eau en vue de renforcer la résilience des communautés dans le Bassin du Congo »

Résumé

Le projet sur la « gestion des interactions entre les migrations et les conflits dus au changement climatique et à l’eau en vue de renforcer la résilience des communautés dans le Bassin du Congo », vise à contribuer au développement socialement équitable de la population du Bassin du Congo et renforcer la résilience des communautés face au changement climatique en traitant les liens entre les migrations et les conflits liés au climat et à l’eau. C’est un projet de recherche et d’appui aux politiques de gestion durable des ressources en eau mis en œuvre dans le Bassin du Congo par le Centre de Recherche en Ressources en Eau du Bassin du Congo (CRREBaC) de l’Université de Kinshasa en collaboration avec l’Université des Nations Unies – Institut de l’Eau, Santé et Environnement (UNU-IWHE) ; avec le financement du Centre de Recherche pour le Développement International. Dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet, plusieurs activités ont été réalisées pendant la phase initiale ayant couverte la période allant du mois de Février au mois d’Août 2019.

Recherche

+
  • L’organisation de la collecte des données et le déploiement des chercheurs sur terrain ;

Renforcement des capacités

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  • Le recrutement des étudiants boursiers pour le programme de maîtrise dans le cadre du projet ;
  • La formation des formateurs sur les questions du genre et l’éthique de recherche ; L’acquisition des ressources techniques et logistiques pour la mise en œuvre du projet ;
  • La tenue des ateliers de renforcement des capacités sur les différentes thématiques de la mise en œuvre du projet, dont: la Prise en compte de la dimension genre dans l’élaboration des outils de collecte des données; Gestion des connaissances; Gestion administrative du Projet; Conduite de la campagne de collecte des données socioéconomiques et environnementales ; Utilisation de l’outil de collecte des données KoboCollect et Gestion électronique des données dans un projet; Formation des enquêteurs locaux dans la collecte des données de terrain ;

Dissémination et sensibilisation

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  • L’organisation de l’atelier de lancement du projet et la sensibilisation des parties prenantes ;
  • La présentation des activités du projet à la semaine mondiale de l’eau.

Plusieurs résultats en rapport avec cette première phase de mise en œuvre du projet ont été enregistrés. Il y a lieu de citer les résultats ci-après :

  • Les acteurs et les institutions tant locales que régionales impliqués dans les questions Climat-Eau-Migration-Conflits dans le Bassin du Congo ont été identifiés, mobilisés et sensibilisés ;
  • Les capacités de l’équipe du projet et celles des chercheurs dans la mise en œuvre des activités du projet, dans un contexte particulier, exacerbé des contraintes tant sur le plan des ressources techniques que de la complexité de la question de la recherche abordée, ont été améliorées ;
  • Les données primaires et secondaires relatives aux questions de la recherche sur l’axe Climat-Eau-Migration-Conflit dans le Bassin du Congo ont été collectées et rendues disponibles.

Les principaux défis auxquels a été confrontée la mise en œuvre du projet pour cette première phase sont :

  • La question de la recherche s’est révélée beaucoup plus complexe durant la mise en œuvre, ce qui pourra nécessiter le réajustement des ressources techniques et budgétaires conséquentes pour approfondir les aspects y relatifs ;
  • Le délabrement très avancé des infrastructures routières, l’absence du réseau de communication et le manque de moyen de transport adéquat n’ont pas permis aux chercheurs d’atteindre certains endroits reculés dans lesquels les données stratégiques devraient être récoltées ;
  • Considérant les besoins réels rencontrés lors de la préparation et la mise en œuvre de la campagne de collecte des données et du déploiement sur terrain, les ressources initiales allouées aux travaux de terrain en termes de temps et de budget se sont révélées largement insuffisantes ; ceci a eu aussi un impact sur la couverture de la zone prévue pour les enquêtes. Il sied de signaler que le nombre des jours d’enquête de terrain avait été légèrement augmenté. Il est donc nécessaire de reprogrammer certaines enquêtes ciblées dans la zone d’étude avec un budget conséquent ;
  • Les décennies de frustration et d’insécurité qu’ont connues les populations locales les ont rendues réticentes vis-à-vis des chercheurs qui étaient pour la plupart étrangers au milieu local. Toutefois, la collaboration avec les institutions locales et le recrutement des enquêteurs locaux sont deux aspects majeurs qui ont permis le succès des travaux de terrain ;
  • Le temps de la recherche proportionnellement court au regard de la complexité de la thématique principale de recherche, de la nature de la zone d’étude, des sensibilités sécuritaire et politique sur les questions brûlantes du transfert des eaux du Bassin du Congo vers le Lac Tchad ainsi que de l’exploitation illicite des ressources naturelles notamment les pâturages et l’eau, ont exacerbé la vulnérabilité des communautés locales. D’où la nécessité d’entrevoir la possibilité d’approfondir les autres aspects du projet ;
  • Vu l’abondance des informations collectées, il y a la nécessité de renforcer les capacités des chercheurs dans l’analyse et traitement des données. Il est en outre suggéré l’acquisition des logiciels de traitement des données ;
  • Il a été relevé des manquements dans la conduite des certains chercheurs sur le terrain en rapport avec l’éthique de recherche, ce qui nécessite le renforcement des capacités pour prévenir des actes contrevenants dans le futur ;
  • Considérant les traumatismes causés par le contact des chercheurs avec les personnes affectées par les cas des violences des migrants, les groupes armés et forces négatives dans la zone d’étude, il s’avère nécessaire de mettre en place un programme d’accompagnement psychologique des chercheurs.

Problématique de la Recherche

La problématique de la recherche est cernée autour du nexus Climat-Eau-Migration et Conflit dans le Bassin du Congo. Les paradigmes de la recherche qui englobent cette problématique dans le Bassin du Congo sont tels que repris ci-après :

Du point de vue hydrologique, le Bassin du Congo génère un débit mensuel de plus de 108 000 Mm3 à son exutoire, ce qui représente environ 40% du débit total du continent africain (Tshimanga, 2012). Il offre ainsi des opportunités pour la production et la satisfaction de nombreux biens et services, dont l’agriculture, la pêche, l’hydroélectricité, l’approvisionnement en eau, le transport et le maintien des écosystèmes aquatiques et de l’environnement. Toutefois, le contexte régional du changement environnemental/climatique représente une menace énorme pour le Bassin du Congo, dont la population est déjà confrontée aux problèmes posés par des années des conflits sociopolitiques chroniques, de la pauvreté généralisée et de dégradation continue de l’environnement.

Dans le Bassin du Congo, plus de 60 % de la population vivent en milieu rural et dépendent directement des ressources du bassin versant pour leur subsistance. Les femmes représentent plus de 73% des personnes économiquement actives dans l’agriculture et produisent plus de 80% des cultures vivrières (Brown et al, 2011 ; UNECA, 2012). Par conséquent, elles ont le fardeau de l’économie pour la subsistance des ménages. Dans l’ensemble, le bassin a le potentiel de jouer un 12 rôle de premier plan dans la coopération régionale en vue de réduire la pauvreté, tout en offrant des moyens de subsistance et des opportunités de revenus aux communautés. En principe, les pays du Bassin du Congo détiennent de l’eau en abondance par rapport à d’autres pays d’Afrique, mais ils ont également un accès limité aux services de l’eau tels que l’alimentation en eau potable et assainissement, l’hydroélectricité, la navigation, l’irrigation et la sécurité alimentaire. L’agriculture est pluviale et dépend de la variabilité saisonnière du climat. Ceci est dû en grande partie au manque d’infrastructures, à la faible capacité technique et humaine, et à une mauvaise gouvernance, qui se traduisent par peu ou pas de résilience sociale pour faire face aux impacts du changement climatique et à ses effets socio-écologiques. D’une part, le Bassin du Congo offre un potentiel pour soutenir la coopération régionale pour la gestion des systèmes d’eau partagée ; d’autre part, cette ressource est à l’origine des conflits entre les utilisations concurrentielles. Le thème de la  » Guerre de l’Eau  » est fréquemment mis en exergue dans la littérature et les débats dans le Bassin (Dialogue des Peuples, 2016) comme l’une des nombreuses facettes des conflits émergents – exacerbés par les impacts du changement climatique et les nouveaux modes de migration.

La baisse drastique du niveau de l’eau du lac Tchad est particulièrement préoccupante et en est une illustration. Le lac a perdu environ 90% de sa surface au cours des quatre dernières décennies. La migration des communautés riveraines pasteurs du Bassin du Lac Tchad vers le Bassin du Congo est une voie de migration émergente importante dans la région. En outre, les besoins exprimés du transfert de l’eau du Bassin du Congo pour soutenir et revitaliser la baisse drastique des niveaux d’eau du lac Tchad sont également au cœur d’intenses débats régionaux, qui sous entendent le concept de la  » guerre de l’eau  » ou les conflits socio-politiques liés à l’eau. Par exemple, les mouvements massifs des pasteurs de la région nord par le mode de vie nomade Mbororo (Kabamba, 2015), ont suscité une attention significative ces dernières décennies. Ces communautés sont entrées dans les pays du nord du bassin du Congo – RDC, République centrafricaine (RCA) et Cameroun – et de multiples épisodes de conflits liés aux terres et à l’eau ont été enregistrés (UNEP, 2011).

Les mouvements migratoires se sont accrus au cours des deux dernières décennies en raison de plusieurs facteurs directs et indirects et plus souvent liés à la dégradation des ressources naturelles ou au changement climatique (Union africaine, 2008). Cela a pour effet de remplacer les tendances conventionnelles de la mobilité humaine par de nouveaux modes de migration motivés par les besoins des communautés en matière d’accès à la terre et aux ressources en eau. Il en résulte de 13 nouveaux types de conflits qui émergent. Cette tendance affaiblit l’équilibre et les échanges culturels et coutumiers établis entre les communautés allochtones (nomades) et celles autochtones (sédimentaires). Elle a un impact sur les mécanismes traditionnels de médiation, en favorisant les conflits violents entre agriculteurs et éleveurs. Les régimes fonciers, la législation, les règles et réglementations coutumières et formelles dans les zones transfrontalières ne favorisent pas l’établissement permanent, pas plus qu’ils ne couvrent la complexité découlant des nouvelles routes migratoires. Pour la RDC, la détérioration de la sécurité dans la partie Est du pays est encore exacerbée par des problèmes des migrations pastorales en dehors des complications politico-militaires. En 2008, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine (Union africaine, 2008) avait débattu de la question sur les schémas migratoires croissants, en soulignant les éléments à prendre en compte pour résoudre le problème des migrations pastorales (y compris d’autres groupes, sans se limiter au Mbororo).

De ce qui précède, le besoin d’une compréhension approfondie du nexus ‘‘Climat-Eau-Migration-Conflit’’ devient pertinent. L’émergence de nouvelles voies migratoires induites par divers facteurs directs et indirects exige une compréhension globale des dimensions régionales et sous-régionales afin de définir une approche globale et des solutions adaptées au milieu pour assurer la sécurité, la paix et le bien-être humains. Les dimensions hydro-climatiques de la région sont multiformes, complexes et difficiles à intégrer, en particulier dans les situations de pénurie de données et où la disponibilité des ressources est non stationnaire à différentes échelles. Ces défis sont accentués dans le contexte où les conditions sociales, économiques et politiques n’ont pas reconnu la nécessité de disposer d’informations hydrologiques et climatiques actualisées, ou lorsque les ressources nécessaires pour collecter et interpréter ces données ne sont pas disponibles (Tshimanga, 2012).

C’est dans ce contexte que le Centre de Recherche en Ressources en Eau du Bassin du Congo (CRREBaC) en collaboration avec l’Université des Nations Unies, Institut de l’Eau, Santé, Environnement (UNU-IWHE) et le Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI) avait initié un projet de recherche et d’appui aux politiques de gestion durable des ressources en eau du Bassin du Congo. Ce projet de recherche se propose de mettre en évidence des interactions qui existent entre les migrations et les conflits dus à l’eau et au changement climatique en vue de ressortir les alternatives de résilience des communautés locales dans le Bassin du Congo. Les principales questions de recherche aux quelles ce projet doit répondre sont les suivantes :

  • Quelles sont les tendances spatio-temporelles émergentes des conflits et des migrations liés à l’eau au niveau régional et au niveau du Bassin du Congo ? Comment les évaluer et les prévoir au mieux ?
  • Comment les nouveaux schémas de conflits et de migration influent-ils sur le développement humain, en particulier sur les groupes vulnérables, et comment peut-on évaluer au mieux ces impacts ?
  • Quelles sont les lacunes et les défis à relever pour faire face aux implications sociales, économiques et politiques des migrations liées à l’eau pour les pays d’accueil et les pays d’origine – y compris les zones de transit – et quelles sont les solutions potentielles axées sur le genre en matière d’adaptation et de résolution des conflits ?

Objectifs de la recherche

Les objectifs spécifiques de la recherche s’articulent autour des trois principaux axes, à savoir : la recherche (objectifs 1, 2 et 3), le renforcement des capacités (objectif 4) et la dissémination (objectif 5). Ces objectifs consistent à :

  1. Améliorer les connaissances des facteurs hydro-climatiques et de changement environnemental qui influencent les schémas spatio-temporels des migrations et des conflits liés au climat et à l’eau dans le Bassin du Congo ;
  2. Améliorer la compréhension de connaissances autochtones et locales, et des facteurs socio-économiques, culturels et politiques qui influent sur les schémas spatio-temporels de la migration et des conflits liés au climat et à l’eau dans le Bassin du Congo ;
  3. Améliorer les stratégies d’adaptation au changement climatique et de résolution des conflits dans les communautés du Bassin du Congo en identifiant et en évaluant les initiatives communautaires les plus efficaces et les plus abordables qui tiennent compte du genre ;
  4. Renforcer les capacités des parties prenantes aux questions climat-eau-migration-conflits dans le Bassin du Congo en vue de créer les conditions nécessaires à l’adoption de stratégies durables d’adaptation au changement climatique et de résolution des conflits tenant compte des spécificités de genre ;
  5. Renforcer l’engagement politique et la collaboration entre les institutions et entre les chercheurs, les décideurs, les agences internationales et les communautés en améliorant 15 le dialogue et la sensibilisation sur la migration et la sécurité liées au climat et à l’eau dans le Bassin du Congo.

Résultats Attendus

Recherche

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  • Les tendances spatio-temporelles de la variabilité hydro-climatique et de la vulnérabilité y associée sont établies ;
  • Les informations de base en appui aux stratégies locales d’adaptation au changement climatique et le développement résilient au climat sont disponibles. Ces informations permettront de contribuer à la planification globale de la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable (ODD) et des cibles – spécifiquement, les ODD 5 (Genre), 6 (Assurer la disponibilité et la gestion durable de l’eau et de l’assainissement pour tous), 10 (Inégalité), 13 (climat) et 16 (paix) ;
  • Les évidences sur les interactions entre climat, eau, migration, et conflits (CEMiC) et leurs implications pour les personnes vivant dans le bassin du Congo sont établies ;
  • Les lacunes des connaissances et les politiques d’intervention sont identifiées et documentées ;
  • Les nouvelles connaissances sur les peuples autochtones, ainsi que sur les facteurs socioéconomiques, culturels et politiques qui influent sur les schémas spatio-temporels des voies de migration hommes-femmes liées au climat et à l’eau et aux conflits sont générées dans le Bassin du Congo ;
  • Les domaines d’intervention qui alimenteront les futures actions de développement visant un développement résilient au climat sont clairement et spécifiquement définis ;
  • Des solutions intelligentes pour l’adaptation et la gestion des rôles, des responsabilités et des besoins des genres et des jeunes dans les voies migratoires émergentes de la région sont mises en œuvre ;
  • Les stratégies d’adaptation spécifiques au genre et les mécanismes de médiation liés à la migration pour le bassin du Congo sont testées et évaluées. 16 Renforcement des capacités
  • La société civile, le gouvernement, les communautés et les scientifiques sont habilités à formuler et à mettre en œuvre des solutions au stress du changement climatique et à la crise de l’eau dans le bassin du Congo, en accordant une attention particulière aux facteurs et aux impacts de la migration et des conflits ;
  • Les parties prenantes sont habilitées à planifier des solutions pour les scénarios de crise de l’eau et de migration tout en contribuant aux interventions politiques stratégiques ;
  • Une gouvernance améliorée et les meilleurs processus décisionnels liés au cadre institutionnel pour les individus et les groupes en situation de vulnérabilité sont mises en œuvre. Diffusion, communication et partage des connaissances
  • Une collaboration accrue et un partage d’expériences dans le Bassin du Congo grâce à des interactions entre chercheurs, décideurs, communautés et autres parties prenantes sont établis ;
  • Une sensibilisation pour un développement résilient au changement climat dans le Bassin du Congo est organisé ;
  • Des nouvelles collaborations entre institutions et acteurs étatiques et non étatiques du bassin du Congo sont formalisées ;
  • L’engagement politique d’appui au développement résilient au changement climatique dans le bassin du Congo est renforcé.

Renforcement des capacités

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  • La société civile, le gouvernement, les communautés et les scientifiques sont habilités à formuler et à mettre en oeuvre des solutions au stress du changement climatique et à la crise de l’eau dans le bassin du Congo, en accordant une attention particulière aux facteurs et aux impacts de la migration et des conflits ;
  • Les parties prenantes sont habilitées à planifier des solutions pour les scénarios de crise de l’eau et de migration tout en contribuant aux interventions politiques stratégiques ;
  • Une gouvernance améliorée et les meilleurs processus décisionnels liés au cadre institutionnel pour les individus et les groupes en situation de vulnérabilité sont mises en oeuvre.

Diffusion, communication et partage des connaissances

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  • Une collaboration accrue et un partage d’expériences dans le Bassin du Congo grâce à des interactions entre chercheurs, décideurs, communautés et autres parties prenantes sont établis ;
  • Une sensibilisation pour un développement résilient au changement climat dans le Bassin du Congo est organisé ;
  • Des nouvelles collaborations entre institutions et acteurs étatiques et non étatiques du bassin du Congo sont formalisées ;
  • L’engagement politique d’appui au développement résilient au changement climatique dans le bassin du Congo est renforcé.