Travaux de collecte de données de terrain

Le monde est actuellement confronté aux problèmes de croissance démographique rapide et des changements environnementaux, qui ont des impacts majeurs sur le cycle hydrologique global et les ressources en eau à l’échelle des bassins versants. Sur le continent africain, ces problèmes aggraveront la pénurie d’eau, affectant ainsi le développement socio-économique et les populations dont les moyens de subsistance dépendent des ressources en eau. Les stratégies pour faire face à ces défis reposent sur la capacité à comprendre la dynamique des processus hydrologiques et des systèmes des ressources en eau à différentes échelles spatiale et temporelle.

Bassin du Congo

Le Bassin du Congo (Figure ci-contre) offre des potentialités énormes en ressources en eau, nécessaires au développement socio-économique de ses pays riverains et à l’ensemble du continent africain. La meilleure gestion de ces ressources en eau ainsi que leurs services passe par une quantification adéquate de disponibilité et demandes actuelles et futures, auxquelles est associée la dynamique de changement environnemental (changement climatique et occupation de terres). En absence d’informations fiables sur les ressources en eau du Bassin du Congo, toute politique ou stratégie de gestion et développement de ces ressources n’est qu’une grande illusion. C’est dans ce contexte que l’Université de Kinshasa à travers le Département de Gestion des Ressources Naturelles de la Faculté des Sciences Agronomiques, en collaboration avec les institutions partenaires des Universités de Dar es-Salaam en Tanzanie, Rhodes en Afrique du Sud, Bristol et Leeds au Royaume-Uni, ainsi que la Régie des Voies Fluviales (RVF) de la République Démocratique du Congo (RDC), avait effectué une expédition scientifique sur le Bief Moyen du Fleuve Congo et la Rivière Kasaï. Cette expédition qui s’était déroulée sur une durée de deux mois, entre Juillet et Septembre 2017, était conduite par le Docteur Raphaël TSHIMANGA MUAMBA, Expert Hydrologue du Bassin du Congo et Professeur à l’Université de Kinshasa; et avait pour but de mener des investigations détaillées sur l’hydraulique et l’hydrologie du Fleuve Congo. Ceci, en vue de remédier au déficit critique des données de base et de compréhension du fonctionnement hydrodynamique de ce deuxième grand fleuve du monde, aux multiples bénéfices économiques et environnementaux (Navigation, Energie propre, Irrigation, Pêche, Approvisionnement en eau potable et assainissement, et Régulation environnementale).

L’expédition scientifique s’était déroulée en deux phases. La première phase avait concerné l’exploration du bief moyen du fleuve Congo entre Kinshasa et Mbandaka pour une durée de 30 jours, et la deuxième phase était effectuée sur la rivière Kasaï au niveau du village de KutuMoke pour une durée de douze jours. La figure ci-après montre la localisation des sites où les mesures ont été réalisées.

Sites de mesure

Cette expédition scientifique avait été menée avec des équipements de la dernière technologie actuellement utilisés pour les études de grands fleuves dans le monde, tels que :

  • Le Profileur de Vitesse à Effet Doppler (Accoustic Doppler Current Profiler-ADCP) qui est un appareil conçu pour calculer les caractéristiques hydrauliques des cours d’eau par le traitement des ondes acoustiques,
  • Les Enregistreurs Automatiques des niveaux qui ont été installés à des sections spécifiques pour collecter les variations des hauteurs d’eau de façon continue et à l’intervalle de temps horaire,
  • Le Système Global de Navigation par Satellite et les Echosondeurs utilisés pour déterminer avec précision l’élévation de la surface des plans d’eau, les profondeurs, les niveaux d’inondation approximatifs et les gradients hydrauliques le long du canal principal du Fleuve Congo,

  • Les Echantillonneurs des sédiments utilisés pour comprendre le processus de sédimentation du Fleuve Congo.

 Importance de mesures

La plus grande partie des mesures réalisées durant les deux phases de l’expédition scientifique ont concerné l’hydrométrie et la bathymétrie, et ont été effectuées sur 10 sites, dont : Kunzulu, l’ amont et l’aval de la cité de Kwamouth qui constitue l’exutoire de la rivière Kasaï, les constrictions hydrauliques de Bolobo, Lukolela, Clock-point, Ngombe , le site a la confluence Ruki-fleuve Congo à Mbadaka, et les sites le long du Lac Tumba dont Bompombo et Ituta.

L’objectif de ces mesures était de  prélever les données en rapport avec le comportement hydrodynamique aux droits des sections identifiées. Les données prélevées telles que le tirant d’eau, la vitesse et la direction du courant, et les caractéristiques géométriques de la section sont importantes pour aider à développer des modèles hydrodynamiques nécessaires à la planification des activités d’exploitation des cours d’eau.

Matériel utilisé

Echosondeur

Les deux types de matériel utilisé sont l’échosondeur et l’ADCP.

Un échosondeur utilise un transducteur pour propager les ondes sonores dans l’eau et enregistrer le retour de ces ondes (l’écho) sur une surface solide (le lit de la rivière, le poisson ou les sédiments). Les caractéristiques de l’échosondeur sont interprétées par un dispositif pour calculer la profondeur du lit de la rivière sous la surface de l’eau (la bathymétrie) et enregistrer l’imagerie des objets en mouvement dans l’eau.

Profileur de Vitesse à Effet Doppler (ADCP)

Fixation de matériel de travail sur la pirogue

L’ADCP est un courantomètre hydroacoustique qui a beaucoup de similarités avec le sonar selon son mode de fonctionnement, nécessaire pour les mesures des vitesses du courant d’eau sur une plage d’une certaine profondeur en utilisant l’effet Doppler des ondes sonores diffusées par les particules dans la colonne d’eau. La gamme de fréquences de travail des ADCP va de 38 kHz à plusieurs mégahertz. Il contient le transducteur piézoélectrique pour transmettre et recevoir des signaux sonores. Le temps de déplacement des ondes sonores donne une estimation de la distance, le décalage de fréquence de l’écho est proportionnel à la vitesse de l’eau le long du trajet acoustique. Dans les rivières, l’ADCP est utilisé pour mesurer le débit d’un cours d’eau qui est une variable très importante dans l’exploitation d’une rivière pour le développement socioéconomique de l’homme et de son environnement.

Pour collecter les informations hydrauliques et hydrologiques attendues, l’ADCP, l’échosondeur, le récepteur GNSS et une batterie de 12 volts ont été fixés sur le canon motorisé pour travailler au même moment dans le bief moyen du fleuve Congo, entre Kinshasa et Mbandaka. Tandis que sur le Kasaï, toutes les activités étaient entreprises sur une pirogue en bois équipée d’un moteur hors-bord (Figure ci-après). L’ADCP était monté sur le côté droit du canon et le sonar sur le côté gauche, selon la procédure standard pour que les deux puissent travailler concomitamment. Les deux enregistrements de la section transversale du tronçon du fleuve effectués différemment par chaque appareil étaient vérifiés pour être sûr de leur uniformité. L’élévation du lieu où la mesure était prise avait été obtenue en utilisant le récepteur GNSS directement connecté à l’ADCP. Il y a lieu de Signaler que les données GNSS et ADCP étaient bien synchronisées.

La pirogue équipée d’un moteur hors-bord

Résultats obtenus

Le tableau ci-après présente les résultats des mesures de l’ADCP pour les différentes sections considérées. La figure 7 présente l’interface du logiciel Winriver utilisé pour l’analyse des travaux réalisés avec l’ADCP et l’échosondeur, tandis que la figure suivante montre les résultats en photo de l’échosondeur.

Résultats des mesures à l’ADCP sur l’interface Winriver

Paramètres mesurés avec l’ADCP

 

N0

Localisation de la section de mesure

Débit

(m3/s)

Largeur au miroir (m)

Vitesse d’écoulement

(m/s)

01

Kunzulu

28648.588

1540.44

1.143

02

Downstream Kwamouth

29264.778

1905.12

1.205

03

Upstream Kwamouth

22442.069

1851.19

0.872

04

Kwa (kasai)

7322.810

598.42

0.736

05

Bolobo

22418.582

4118.91

0.817

06

Lukolela

19666.462

1756.84

0.926

07

Clock point

20955.234

5083.35

0.775

08

Ngombe

22472.494

246820

0.952

09

Lac Tumba (Bompombo)

283.552

303.58

0.111

10

Lac Tumba (Ituta)

227.717

1715.84

0.121

Il ressort de ce tableau que la section en aval de la cité de Kwamouth est mouillée par un volume d’eau plus élevé que toutes les sections mesurées dont celle de Kunzulu, laquelle est de loin en avale de Kwamouth. Ici, une question de recherche est soulevée pour comprendre la destination de près d’un millier de mettre cube d’eau qui disparaît dans ce tronçon.

Fond du lit du fleuve capté par l’échosondeur.

Mesure de niveaux d’eau

Importance de mesures

Le profil longitudinal d’un cours d’eau est une caractéristique importante dans l’exploitation optimale de ce cours d’eau. Ce profil est établi sur la base des mesures d’élévation des niveaux d’eau en différents points. Le profil en long est, d’une certaine manière, une synthèse de la combinaison de plusieurs variables de contrôle. Au travers du profil en long, on peut faire des estimations de l’énergie du cours d’eau. La prise en compte du profil en long dans un travail de sectorisation est importante, car il permet de séparer des tronçons dont l’énergie et les caractéristiques hydro-sédimentaires tendent à être similaires. Sur un profil en long, on peut observer les variations de pente qui se succèdent au long d’un cours d’eau. Ces variations sont importantes car elles peuvent donner de façon indirecte des informations sur les climats antérieurs, sur l’augmentation amont-aval des débits, sur la charge sédimentaire transportée et sur les caractéristiques du bassin versant. Les variations de pente peuvent être aussi très utiles pour détecter des contrôles structuraux et pour déterminer les tronçons en érosion et les tronçons à dépôt. La forme du profil en long peut être modifiée par la topographie locale, les caractéristiques du lit rocher, des différences du matériel de fond, entre autres variables. La forme du profil longitudinal d’un cours d’eau est donnée par les variables suivantes : le débit, la charge délivrée dans le chenal, le diamètre des sédiments, la résistance au flux, la vitesse, la largeur, la profondeur et la pente.

Matériel utilisé

Pour mieux comprendre le fonctionnement amont-aval du bief moyen du fleuve Congo, des mesures ont été effectuées sur différents tronçons à l’aide du Système Mondial de Navigation par Satellite (GNSSTrimble), afin de faire ressortir les caractéristiques communes et les hétérogénéités de chaque tronçon. GNSSTrimble était aussi utilisé pour mesurer le niveau maximum d’inondation ainsi que différentes élévations des plans d’eau ou les mesures à l’ADCP ont été effectuées.

GNSS-Trimble

Résultats obtenus

Des mesures statiques d’élévations de la surface d’eau à l’aide du GNSS ont été effectuées à 19 emplacements. Des mesures multiples ont été prises aux endroits où l’occasion s’était présentée. Le tableau suivant résume ces mesures et présente un traitement initial des données pour calculer les pentes hydrauliques. Ce tableau présente aussi les différentes données collectées et la figure ci-après donne la représentation graphique des données de niveau d’élévation des plans d’eau ayant conduit au profil longitudinal.

Collecte et traitement des données

 

Date de collecte

Site

approx. chainage (km)

Static WSE

Measurement

(m ASL)

Pente hydraulique

(cm/km)

29/07

Mai Ndombe

0

273.176

29/07

Kunzulu

60

274.817

2.7

31/07

Kunzulu_2

60

274.813

01/08

Mfumunzale

71

275.083

2.4

01/08

Kwamouth

98

275.808

2.7

03/08

Kasai – Kwamouth

275.836

05/08

Mumpulenge

168

279.342

5.3

06/08

Bolobo

218

283.472

8.3

07/08

Bokombo

288

287.653

6.0

08/08

Lukolela

396

292.555

4.5

09/08

Lukolela_2

396

292.667

10/08

Bweta

426

294.279

5.4

10/08

Ngombe

457

295.898

5.2

13/08

Mikuka

522

299.778

6.0

16/08

Mbandaka

570

302.263

5.6

17/08

Asalisa

495

297.89

5.8

19/08

Nganda Baka

279

287.341

4.9

20/08

Bolobo_ds

218

283.917

5.6

20/08

Tshumbiri

161.5

280.025

6.9

21/08

Kunzulu_ds

60

275.665

4.3

21/08

Ingana

0

274.051

2.7

 

Les données enregistrées par GNSSTrimbol

Echantillonnage des sédiments

Importance de mesures

La multiplicité d’activités anthropiques a un impact considérable sur le changement d’occupation des terres, qui génère le volume énorme des sédiments dans les cours d’eau et ont des conséquences sur la navigabilité, les infrastructures hydrauliques, et les écosystèmes aquatiques. Les mesures de sédiment sont donc importantes pour évaluer la capacité des cours à charrier les quantités proportionnelles des sédiments et assurer leurs fonctions d’exploitation. Les mesures des sédiments sur le bief moyen du fleuve Congo et la rivière Kasaï ont concerné la matière en suspension, les sédiments de fonds, les dépôts des berges et des plaines inondables, et les carottes. Ces composantes ont été collectées à des points variés en vue de comprendre le mécanisme de transport des sédiments, leur déposition, et leurs impacts sur la navigation, la viabilité du pool Malebo et celle des centrales hydroélectriques du bief inferieur du fleuve Congo.

Matériel utilisé

Le matériel utilisé pour l’échantillonnage de sédiments était constitué de la pompe d’échantillonnage pour la matière en suspension, et un dispositif suspendu à la perche graduée pour les sédiments de fond du lit. Ce dispositif a été fabriqué localement et consistait en une bouteille en plastique avec une entrée plate qui permettait à la charge de s’introduire dans le dos et autour de celle-ci pour permettre à l’eau de s’écouler. La bouteille a été attachée à une perche de 4,2 m en utilisant une corde. Étant donné la longueur de la perche, l’échantillonnage de fond était principalement effectué à des profondeurs allant jusqu’à 3,5 m, mais généralement beaucoup moins. Des courants forts signifiaient qu’il était parfois difficile de maintenir le pôle vertical lorsque les profondeurs dépassaient 1,5 m. Les activités de prélèvement des échantillons de sédiments sont présentées à la figure suivante.

La pompe d’échantillonnage

Echantillonnage de sédiments sur le bief moyen du fleuve

Résultats obtenus

Le tableau ci-après présente les informations sur les types, lieux et dates d’échantillonnage des sédiments lors de la première phase de l’expédition scientifique.

Légende : Types, lieux et dates de prélèvement des échantillons des sédiments (B : Berge, S : Suspension, SF : Sédiment de Fond, RG : Rive Gauche, RD : Rive Droite)

Date

Site

Type

Date

Site

Type

28/07

Maluku

S

08/08

Nganda-Bokombo

SF

29/07

Mai Ndombe Rivière/Village

S

09/08

Lukolela

S

29/07

Main Channel (Kunzulu)

S

09/08

Lukolela

S

29/07

Mai Ndombe Village

B

09/08

Lukolela

S

29/07

Mai Ndombe Village

B

09/08

Lukolela

S

29/07

Mai Ndombe Village

B

09/08

Lukolela

SF

30/07

Kunzulu

S

09/08

Lukolela

SF

30/07

Kunzulu

B

09/08

Lukolela

B

01/08

Mfumunzale

S

10/08

Village au Congo Brazzaville

S

01/08

Mfumunzale

B

10/08

Village au Congo Brazzaville

S

01/08

Mfumunzale

B

10/08

Village au Congo Brazzaville

B

01/08

Mfumunzale

B

10/08

Village au Congo Brazzaville

B

03/08

Kwa mouth (lengaLenga)

S

10/08

Village au Congo Brazzaville

B

03/08

Kwa mouth (Kasai Exutoire)

S

12/08

Bompombo (lac Tumba)

S

03/08

Kwa mouth (Kasai Exutoire)

S

12/08

Ituta (200m RG)

S

03/08

Kwa Mouth (Milieu chenal-aval)

S

12/08

Ituta (100m RD)

S

03/08

Kwa mouth (lengaLenga)

SF

12/08

Ituta (1m RG)

SF

03/08

Kwa mouth (lengaLenga)

SF

12/08

Ituta (200m RG)

SF

03/08

Kwa mouth (Kasai Exutoire)

SF

12/08

Milieu du chenal, 2km d’ Ituta

SF

03/08

Kwa mouth (lengaLenga)

SF

12/08

Ituta (flood level)

B

03/08

Kwa Mouth

B

13/08

Gombe

S

03/08

Kwa Mouth

B

13/08

Gombe

S

06/08

Mupulunge

S

13/08

Gombe

S

06/08

Bolobo

S

13/08

Gombe

SF

06/08

Bolobo

S

13/08

Gombe

SF

06/08

Bolobo

S

13/08

Gombe

B

06/08

Mupulunge

SF

14/08

Mikuka

B

06/08

Bolobo

SF

16/08

Ruki

S

06/08

Bolobo

SF

16/08

Ruki

S

06/08

Mupulunge

B

16/08

Ruki

SF

06/08

Mupulunge

B

16/08

Ruki

SF

06/08

Mupulunge

B

17/08

Mbandaka_DS

S

06/08

Unknown Island

B

17/08

Mbandaka

B

06/08

Bolobo

B

17/08

Mbandaka

B

06/08

Bolobo

B

18/08

Lukolela _DS

S

06/08

Bolobo

B

18/08

Nganda-Salisa

SF

07/08

Nganda Bokombo

B

21/08

Kwa Mouth (Milieu chenal-aval)_DS

S

08/08

Nganda-Bokombo

S

21/08

Kunzulu_DS

S

08/08

Nganda-Bokombo

S

 

 

 

Installation des Enregistreurs Automatiques de Niveau d’Eau

Importance

Les Enregistreurs Automatiques de Niveau d’Eau (EANE), sont importants en ce qu’ils produisent des élévations continues de la surface de l’eau au fil du temps et à des endroits spécifiques. Ces données sont de trois sortes: la hauteur de l’eau, l’élévation de la surface de l’eau et la température.

Processus d’installation

L’installation des EANE était passée par plusieurs étapes, notamment :

  • L’identification du site qui peut contenir de l’eau pendant les périodes des hautes eaux ainsi que celles des basses eaux ;

  • Accessibilité au site ;

  • Présence d’une structure stable à laquelle le tuyau du boîtier de l’enregistreur de niveau d’eau est fixé. La figure suivante illustre quelques exemples du choix du site ;

  • Détermination d’un point de référence qui est un point fixe utilisé dans le processus de configuration d’un enregistreur de niveau d’eau. Ce point est fixé par assignation d’une valeur d’altitude, en utilisant le GNSS (Trimble) qui donne un repaire temporaire ;

  • Fixation de la hauteur sous le point de référence, une valeur mesurée depuis le point zéro d’un enregistreur d’eau jusqu’au point de référence utilisé. Cette information est utile car elle aide dans le processus de conversion de la mesure hauteur d’eau en élévation du plan d’eau par rapport au Datum ;

  • Fixation de la hauteur d’eau au-dessus du point zéro, une information importante mesurée in situ et elle sert à valider les données enregistrées par l’enregistreur ;

  • En fin, la détermination des paramètres d’installation des enregistreurs automatiques de niveau d’eau.

Les principaux paramètres sont :

  • la profondeur du lit de la rivière jusqu’au fond du tuyau du logement (DBBP) ;

  • la profondeur entre le fond du tube du boîtier et le transducteur (DBPT) ;

  • la profondeur de l’extrémité du transducteur au sommet du tuyau (DTTTOP) ;

  • la hauteur du tuyau (HP) ;

  • la hauteur du flux initial au-dessus de la pointe du transducteur (IFHATT) ;

  • la profondeur d’écoulement initiale du fond du tube du boîtier à la surface de l’eau (IFDBHPSW) ;

  • l’élévation du sommet de la canalisation (ETOP).

Différents types des structures adaptées à l’installation d’EANE.

Représentation schématique des paramètres d’installation des EANE.

Sur la première rangée de gauche à droite: canal du lac Tumba, Lukolela et Bolobo sur le fleuve Congo. Sur la deuxième rangée de gauche à droite: Kunzulu, Mbandaka sur le fleuve Congo, et Kutu Muke sur la riviere Kasai.

Au-delà des aspects techniques sur l’identification des sites appropriés, des points de sortie des unités de modélisation étaient pris en compte, ainsi il y avait 13 points de sortie au total à l’exception du site de Lukolela qui est le point aval de modélisation que l’Université de Leeds va développer.

Résultats obtenus

Les figures suivantes présentent des résultats d’essai d’installation des EANE. Ces EANE possèdent des batteries d’une grande autonomie et peuvent procéder à l’enregistrement d’une façon continue pendant dix ans. Les visites périodiques sont requises pour en assurer la maintenance et télécharger des données.

Format de données enregistrées par les Enregistreurs automatiques des cours d’eau à Lokolela

Cette figure montre le format dans lequel les données d’EANE sont présentées sur l’interface du logiciel. Les différentes colonnes présentent les données en termes de date d’enregistrement, l’heure d’enregistrement, la hauteur non compensée de l’eau au-dessus du transducteur qui comprend également la pression atmosphérique, la hauteur de l’eau en mètre au-dessus du transducteur dans le compteur sous l’effet de la pression atmosphérique, la profondeur (m) qui est essentiellement utilisée pour les applications sur l’eau souterraine, et la température de l’eau.

La figure suivante donne des informations sur la hauteur de l’eau directement enregistrée après que la pression barométrique ait été compensée. Ici la hauteur de l’eau au-dessus du transducteur pour les trois stations installées est présentée, et l’observation est que cette hauteur a augmenté dans tous les trois sites où les données ont été téléchargées.

Illustration de données du niveau d’eau au-dessus du transducteur enregistrées in situ dans des stations différentes

Construction d’un abri pour l’échantillonneur automatique de sédiments (ISCO)

Importance d’ISCO

ISCO est un échantillonneur automatique de sédiments, lequel une fois mis en travail prélève les échantillons de façon continue et à pas de temps régulier selon le souhait du chercheur. Il est important par le fait qu’il permet d‘avoir des connaissances sur la génération des sédiments par la rivière selon les périodes et les saisons, il y a lieu de repérer les anomalies qui interviennent dans le fonctionnement de la rivière et des changements d’occupation des terres en temps réel.

Le dispositif pour abriter ISCO est implanté pour cette première campagne spécifiquement dans la rivière Kasaï à cause de son importance dans le bassin et des préoccupations qui s’y soulèvent sur la sédimentation.

Processus d’installation

L’installation de ISCO suit la même procédure que celle des EANE, à la seule différence que son emplacement doit tenir compte du lieu où les activités humaines sont les moins possibles de peur qu’il enregistre des données erronées. Dans le cas d’espèce, la construction de l’abri a eu lieu à près de mille mètre du village de KutuMoke (figure ci-après) en amont et le gardiennage du site est assuré par les habitants du village sous le commandement de leur chef de localité. La mise en place de l’appareil est prévue pour la campagne prochaine.

Installation de l’abri

Les difficultés majeures rencontrées dans l’exécution des travaux de l’expédition scientifique sont essentiellement d’ordre technique, et concernent l’insuffisance des ressources nécessaires pour des explorations à grande échelle. Initialement prévue pour être exécutée sur le bief moyen du fleuve Congo entre Kinshasa et Kisangani sur une distance de 1734 km, l’expédition scientifique s’est terminée à mi-chemin à Mbandaka sur un parcours de 700 km. En effet, la planification de l’expédition avait considéré que trois semaines suffiraient pour parcourir le bief moyen du fleuve Congo en partant de Kisangani vers Kinshasa. L’embarcation adéquate pouvant aider à transporter les chercheurs et leurs équipements n’ayant pas été disponible à Kisangani, la solution alternative a été trouvée de commencer les mesures à partir de Kinshasa vers Kisangani. Toutefois, les difficultés associées à cette solution alternative notamment le faible tirant d’eau pendant la saison de basses eaux et le courant contraire de l’aval vers l’amont sont à mettre au passif de l’expédition scientifique. A cela faut-il aussi ajouter des nombreuses découvertes observées qui ont exigées des mesures supplémentaires que celles initialement prévues, ce qui a contribué à passer plus de temps que prévu. Il y a lieu de mentionner, à côté de ces difficultés majeures, d’autres difficultés d’ordre administratif ayant occasionné le dédouanement tardif de matériel de recherche, mais aussi des difficultés liées à la disponibilité d’embarcations appropriées pour les travaux de recherche scientifique.

 

  • La méconnaissance de l’environnement physique du fleuve Congo et les conditions difficiles de recherche qui s’y observent ont longtemps constitué une barrière aux études approfondies de terrain pour sa découverte. La disponibilité et l’accessibilité à la nouvelle technologie d’information, notamment le recours à l’analyse spatiale et l’usage des instruments télémétriques modernes, est un atout nécessaire pour affronter cette barrière.
  • Les travaux de mesure sur les grands fleuves sous-étudiés tel que celui du Congo nécessitent des ressources techniques et financières, et le temps conséquents pour leur exécution. Une étude exploratoire initiale qui précéderait les mesures proprement dites est à encourager pour évaluer suffisamment les exigences en termes de ressources requises.
  • Les autorisations administratives provenant des autorités hiérarchiques compétentes sont d’une importance majeure pour la facilitation des investigations sur terrain, et surtout dans les zones les plus reculées. Il est important, pour des chercheurs de se prémunir toujours de ces documents et de les introduire auprès des autorités locales dans leurs milieux respectifs.

  • Le maintien de dialogue avec la communauté locale et leur implication dans quelques travaux de mesure et d’installation des équipements est un élément important pour renforcer la confiance mutuelle et contribuer à pérenniser les activités de recherche sur terrain. A ceci les responsables traditionnels locaux sont d’une importance capitale pour faire comprendre à leurs sujets la pertinence des activités de recherche, car ces sujets considèrent souvent les chercheurs comme des imposteurs. Quelques séances de restitution peuvent être organisées par les chercheurs en faveur des communautés locales, ceci renforcerait davantage la confiance entre les parties.

  • La technologie actuelle met sur le marché une grande variété de matériel qui peut de fois ne pas être adapté aux conditions de mesure des grands fleuves, comme celui du Congo. L’étude initiale des caractéristiques de ce grand fleuve facilite l’identification et le choix de matériel approprié. La formation des équipes de terrain sur l’utilisation de ce matériel est avantage pour les travaux d’exploration scientifique à grande échelle. Ces équipements étant coûteux, la formation des équipes de terrain devrait ainsi mettre l’accent sur leur maintenance et leur stockage.

Les questions de gestion des ressources en eau dans le bassin du Congo sont actuellement au centre de nombreuses discussions dans les milieux nationaux, régionaux et internationaux. Malheureusement, il n’existe pas d’information viable à l’échelle du bassin du Congo pour orienter ces discussions et appuyer la prise de décision de gestion durable des ressources en eau de ce bassin. L’expédition scientifique réalisée par l’Université de Kinshasa à travers le Département de Gestion des Ressources Naturelles de la Faculté des Sciences Agronomiques, en collaboration avec les institutions partenaires des Universités de Dar es-Salaam en Tanzanie, Rhodes en Afrique du Sud, Bristol et Leeds au Royaume-Uni, ainsi que la RVF, vient au point pour mettre à la disposition des planificateurs et décideurs des informations scientifiques voulues. Ces informations sont actuellement stockées et gérées par le Département de Gestion des Ressources Naturelles de la Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université de Kinshasa, et seront utilisées aux fins de travaux de recherche et d’appui à la planification des usages du Fleuve Congo. En plus, huit stations d’enregistrement automatique de niveau d’eau ont été installées en différents endroits et nécessitent un suivi régulier.

En vue de pérenniser ces acquis de recherche, étendre les investigations et approfondir la connaissance scientifique sur d’autres biefs du Bassin du Fleuve Congo, et positionner l’Université de Kinshasa au centre de connaissance sur les ressources en eau du Bassin du Congo, le Conseil du Département de Gestion des Ressources Naturelles a décidé lors de sa réunion du 25 Novembre 2017 de la création du Centre de Recherche en Ressources en Eau du Bassin du Congo. Vue la pertinence de la question de recherche en ressource en eau du Bassin du Congo, il est important que les mesures d’accompagnement soient établies par la hiérarchie en vue d’appuyer les activités de ce centre de recherche au sein de l’Université de Kinshasa.

La recherche étant l’un des socles du développement d’une nation, il est important que les difficultés d’ordre administratif et financier couramment rencontrées par des chercheurs soient allégées pour créer des conditions favorables d’investigation scientifique.

Il est important de maintenir une collaboration effective entre les chercheurs et les institutions gouvernementales de gestion et développement des ressources en eau en vue de faciliter l’identification des besoins réels des usagers et établir les mécanismes d’échange d’informations et de transfert de connaissance pour que la recherche ait un impact tangible sur le développement socio-économique du pays.

 

  1. Professeur Raphael TSHIMANGA MUAMBA, Investigateur principal, Université de
    Kinshasa, RD.C.
  2. Professeur PREKSEDIS MARCO NDOMBA, Investigateur principal, Université de
    Dar-es-Salaam, Tanzanie
  3. Docteur MAB.K TRIGG, Investigateur principal, Université Leeds, Royaume-Uni
  4. Monsieur Gode BOLA BOSONGO, Doctorant, Université de Kinshasa, RD.C.
  5. Monsieur Pierre KABUYA MULAMBA, Doctorant, Université de Kinshasa, R.D.C.
  6. Madame Catherine AWIDI MUSHIDI, Doctorante, Université de Dar-es-Salaam,
    Tanzanie
  7. Monsieur ANDREW CARR, Doctorant, Université Leeds, Royaume-Uni
  8. Monsieur Jean-Felly NGANDU, Assistant, Université de Kinshasa, RD.C.
  9. Monsieur Jules BEYA, Assistant, Université de Kinshasa, RD.C.
  10. Monsieur Cédric TSCHUMBU, Chef de Section Hydrologie, Régie des Voies
    Fluviales, RD.C.
  11. Monsieur Kibengele Fanzo, Section Hydrologie, Régie des Voies
    Fluviales, RD.C.

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